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Pharmacies 2021, année exceptionnelle

Chiffres d’affaires, marges, rentabilité : les résultats des pharmacies néo-aquitaines progressent à tous les niveaux avec la crise sanitaire. Néanmoins, il existe des disparités entre officines. Et ces dernières sont à l’aube de mutations qui vont profondément changer le secteur.

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L’année 2020 fut « excellente », 2021 est « historique ». Pour la deuxième année consécutive, les performances économiques des pharmacies sont en progression, après une longue période de stagnation, voire de baisse. Selon l’étude annuelle publiée en mai sur les statistiques professionnelles de la pharmacie menée par les experts-comptables libéraux du groupement Conseil-Gestion-Pharmacies (CGP), qui se base en Nouvelle-Aquitaine sur un échantillon de 226 officines accompagnées par le cabinet Extencia, le secteur a largement bénéficié de la crise sanitaire en 2021, avec une croissance de chiffre d’affaires de 7,8 %. De plus, de rares pharmacies ont enregistré une baisse d’activité, alors qu’elles étaient 40 % avant 2020.

RENTABILITÉ DES ACTIVITÉS COVID

Avec un chiffre d’affaires moyen généré́ par les vaccins et les tests de 43 000 euros (60 000 euros en moyenne si on prend en compte uniquement les pharmacies qui les ont pratiqués), c’est bien le développement des nouvelles activités liées au Covid qui explique cette progression sur l’année. Exonérées de TVA, elles ont de surcroît généré́ de la rentabilité́ pour les pharmacies, et cela même si la rémunération des tests a baissé de 35 euros à l’hiver 2020 à 16,50 euros aujourd’hui.

Les difficultés de recrutement ont fait augmenter significativement le niveau des salaires à l’embauche, en particulier dans les zones rurales

Le taux de marge moyen des officines néo-aquitaines a ainsi atteint 32,2 % en 2021, contre 31,9 % en 2020. En valeur, leur marge a augmenté de 53 000 euros, soit une croissance de 8,8 % par rapport à 2020, dont 80 % proviennent des tests antigéniques. « Cette progression de marge en valeur n’a jamais été aussi haute, c’est exceptionnel, et c’est pour cela que l’année 2021 est historique », insiste Bruno Boirie, expert-comptable associé chez Extencia.

ACTEURS DE SANTÉ MAJEURS

En plus du chiffre d’affaires supplémentaire, les tests ont également amené de la fréquentation dans les officines. Et permis aux pharmaciens d’acquérir le statut « d’acteurs de santé désormais incontournables, occupant une vraie place dans le maillage territorial depuis la crise sanitaire », analyse Bruno Boirie. C’est notamment ce qui explique l’augmentation des ventes de l’ensemble des catégories de produits : les médicaments prescrits remboursables au taux de TVA de 2,10 %, dont le chiffre d’affaires a progressé de 4,6 % ; les produits conseils au taux de TVA de 5,5 % (+ 13,7 %), tirés par les ventes de compléments alimentaires et les protections Covid ; les produits au taux de TVA à 20 %, dont la parapharmacie et certains dispositifs médicaux (+ 8,5 %). Les médicaments non remboursés en libre-service, au taux de TVA de 10 %, sont les seuls à stagner, à – 0,96 %, en raison de l’absence de pathologies hivernales liée à l’application des gestes barrières et au port du masque.

FORTES DISPARITÉS

Ces bonnes performances globales ne doivent cependant pas masquer les disparités existant entre les officines. Tout d’abord entre les deux tiers qui ont pratiqué les tests et le tiers qui n’a pas pu exercer les nouvelles missions liées à l’épidémie. Mais également en fonction de leur taille : les plus petites pharmacies (dont le chiffre d’affaires est inférieur à un million d’euros) ont ainsi enregistré une croissance de 6,7 % ; les moyennes (dont le chiffre d’affaires se situe entre 2,5 et 4 millions d’euros) de + 13,2 % ; et les plus grosses (avec un chiffre d’affaires supérieur à 4 millions d’euros) de + 9,4 %. En fonction de leur emplacement enfin : les pharmacies de proximité ont le plus progressé, à l’image de celles situées en zone rurale, qui affichent une croissance de chiffre d’affaires de + 12,2 %. Les pharmacies de centres commerciaux ont quant à elles moins progressé, avec + 6 %.

On observe actuellement une prise de conscience et une grande fatigue de ces professionnels qui ont été en première ligne

SURENCHÈRE SALARIALE

Mais si les chiffres d’affaires et les marges ont fortement augmenté, les charges ont suivi la même courbe. La masse salariale des pharmacies néo-aquitaines a en effet gonflé de 7,3 %, en raison principalement des augmentations de salaires et du versement des primes exceptionnelles de pouvoir d’achat (PEPA), dont le montant a doublé par rapport à 2020. « Globalement, le surcroît d’activité́ a bien été redistribué aux employés. D’autre part, les difficultés de recrutement ont fait augmenter significativement le niveau des salaires à l’embauche. En particulier dans les zones rurales, où l’on constate une surenchère », note Thomas Grosse, expert-comptable associé chez Extencia.

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Les charges externes, qui incluent les loyers ou encore les investissements dans l’informatique et les robots et automates, sont quant à elles en hausse de 4 %. Malgré tout, l’excédent brut d’exploitation (EBE) des pharmacies néo-aquitaines, correspondant à la marge amputée des charges, a progressé de + 12 %. « L’évolution de la marge a donc plus que couvert l’évolution des charges. Tout cela grâce aux tests », conclut Thomas Grosse, offrant aux pharmacies un niveau de trésorerie très élevé actuellement.

GRAND TOURNANT

Ces chiffres, qui ne reflètent pas l’explosion d’activité liée à l’épidémie, puisqu’ils précèdent l’automne 2021 (les bilans allant jusqu’au 30 septembre 2021), ne permettent pas non plus d’appréhender « la dimension psychologique de la période pour les pharmaciens. On observe actuellement une prise de conscience et une grande fatigue de ces professionnels qui ont été en première ligne. Ils sont désormais nombreux à vouloir changer de métier », constate Bruno Boirie. Résultat : une accélération des mises en vente d’officines, dont les prix de cession sont actuellement très soutenus dans la région, et une dynamique de regroupement des pharmacies sur le territoire. Dans un contexte de départ à la retraite de nombreux pharmaciens et préparateurs, mais aussi de « tournant dans la formation, avec un nouveau diplôme de préparateur en pharmacie à la rentrée 2022 », « nous sommes tout juste à l’aube de grands changements pour le secteur », conclut-il.

UNE NÉCESSAIRE RÉORGANISATION TERRITORIALE

Si la règle de la licence, créée en 1942, prévoit une pharmacie pour 2 500 habitants, puis ensuite tous les 4 500 habitants, les villes de Paris, Vichy et Bordeaux (ainsi que les villes limitrophes) font figure d’exception avec une importante surdensité d’officines. Mais des réorganisations sont en cours sur le territoire, avec la construction de nouveaux quartiers et le développement de villes rurales, qui dépassent désormais les 2 500 habitants. C’est ainsi que des pharmacies ont récemment pu être créées, par transfert de licence, comme à Cézac (licence transférée de Nantes), à Avensan (transférée de Saint-Étienne) ou à Saint-Quentin-de-Baron (transfert depuis Villeneuve-sur-Lot). Néanmoins, il faut savoir que « le regroupement est prioritaire sur le transfert, et le transfert est prioritaire sur la création de licence, la volonté étant de réduire le nombre de pharmacies », précise Thomas Grosse, expert-comptable associé chez Extencia et spécialiste du secteur.

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