Raisin de table : Une filière sans pépin

Face au déclin du chasselas de Moissac, les producteurs et metteurs en marché de raisin de table du Tarn-et-Garonne ont décidé de s’unir. Rassemblés en association, ils travaillent à la structuration d’une offre de raisin de table sans pépin.

Julien Custody, Florent Darios, AIRSO

Julien Custody et Florent Darios, coprésidents d'AIRSO © AIRSO

Il y a tout juste un an, la filière raisin de table de Tarn-et-Garonne a lancé son association interprofessionnelle : AIRSO, pour Association interprofessionnelle des raisins du Sud-Ouest. Fédérant les acteurs de la production – environ 200 agriculteurs – et les premiers metteurs en marché, cette association est née de la volonté des producteurs et des metteurs en marché de redynamiser une filière en souffrance, conscients que l’union fait la force. Un an plus tard, de beaux projets sont sur les rails, en particulier celui de proposer une nouvelle offre : du raisin sans pépins.

Réagir face à la crise

« La création d’AIRSO est née d’un constat : la perte de parts de marché de notre variété phare qu’est le chasselas et la hausse incessante des coûts de production qui mettait les producteurs en difficulté », explique Julien Custody, coprésident d’AIRSO et producteur de raisin à Cazes-Mondenard. Pour endiguer la chute d’une filière, les acteurs tarn-et-garonnais du raisin de table décident de se regrouper pour porter un projet : celui de développer une nouvelle offre, claire et de qualité, de raisin sans pépins.

« Alors que la demande en Chasselas est sur le déclin, la grande distribution nous incitait à aller sur le sans pépin », ajoute Florent Darios, coprésident d’AIRSO et codirigeant d’Apifood, metteur en marché situé à Montauban. Car si le raisin sans pépins séduit de plus en plus de consommateurs, la grande majorité du raisin de table commercialisé en France provient de l’étranger, en particulier d’Espagne et d’Italie.

Quelques initiatives individuelles

Deuxième bassin de production de raisin de table en France, après le Sud-Est, le Sud-Ouest – qui correspond en réalité au Tarn-et-Garonne – produit 7 500 tonnes par an. Le chasselas représente 42 % de la production du bassin, le raisin avec pépins hors chasselas 38 %. Seuls 20 % de la production concernent le sans pépin. Quelques producteurs se sont déjà essayés individuellement au sans pépin. Problème : « l’échec coûte très cher pour un producteur », déplore Julien Custody.

Par ailleurs, ces initiatives individuelles n’ont pas trouvé leur marché. « Nous avons eu quelques volumes en 2023 et 2024 que nous avons eu du mal à écouler auprès de la distribution », explique Florent Darios. En cause, une offre trop faible et éparse, face à des offres italiennes et espagnoles plus lisibles et conséquentes.

Programme collectif d’expérimentation

AIRSO vise ainsi à coordonner un programme collectif d’expérimentation : douze nouvelles variétés de raisin sans pépins, adaptées au réchauffement climatique, ont été implantées sur trois exploitations du Tarn-et-Garonne en juin dernier. Les premières récoltes sont attendues pour septembre 2028. « Ces variétés viendront compléter la dizaine de variétés déjà en cours d’évaluation dans le bassin », précise-t-on chez AIRSO.

Un groupe technique a été bâti pour suivre ces expérimentations, en partenariat avec le Cefel (centre d’expérimentation fruits et légumes) de Montauban et la chambre d’agriculture du Tarn-et-Garonne. Objectif : mutualiser les savoirs sur les variétés, les équipements et outils de protection ou encore les itinéraires techniques.

Rencontres avec la distribution

En parallèle, un second groupe de travail a été créé, consacré celui-ci à la mise en marché. « Le but est de coordonner notre offre de marché, de construire un calendrier variétal lisible et visible pour la distribution », explique Florent Darios. Dans ce cadre, AIRSO a organisé cette année un cycle de tables rondes avec les clients de la grande distribution : Carrefour, Grand Frais, Intermarché, Auchan, Système U et Leclerc. « Les rencontres ont été fructueuses : à chaque fois, les acheteurs se sont engagés à prendre le raisin français, du premier grain jusqu’au dernier. Nous savons donc que si nous structurons une véritable offre, nous aurons des débouchés », se réjouit le coprésident d’AIRSO.

Le sans pépin pourrait présenter des rendements plus intéressants et nécessiter moins de main-d’œuvre

Du potentiel économique

« Notre objectif est de produire 3 000 tonnes de raisin sans pépins en 2030 et ainsi, de faire du sans pépin la production numéro 1, devant le las et le raisin avec pépin », explique Julien Custody. Car le raisin sans pépins présente de vrais atouts économiques pour les producteurs. « Le chasselas produit en moyenne trois grappes par sarment, et chaque grappe pèse 150 grammes en moyenne. Les autres variétés, notamment le sans pépin produisent une grappe à deux grappes de 400 à 700 grammes chacune par sarment », déclare le producteur. Ainsi, le sans pépin pourrait présenter des rendements plus intéressants et nécessiter moins de main-d’œuvre. « On ne cherche pas des rendements hors-norme », assure Julien Custody. « On cherche des rendements réguliers et des charges fixes, avec en face un revenu rémunérateur. »

Notre objectif est de produire 3 000 tonnes de raisin sans pépins en 2030

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