Couverture du journal du 06/04/2024 Le nouveau magazine

Rosedor, producteur par nature

La coopérative Rosedor, basée à Vélines, est la dernière en France à produire des fleurs coupées. Un exploit rendu possible par les revenus de sa sœur jumelle, la SAS Rosedor, spécialisée dans le négoce.

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Philippe ALARY, PDG de la coopérative Rosedor © Loïc Mazalrey - La Vie Economique

Pas plus que la Saint-Valentin, les fêtes de fin d’année ne changeront rien à l’affaire. « L’année 2023 a été catastrophique pour le secteur de la fleur coupée », déplore Philippe Alary, PDG de la coopérative Rosedor fondée en 1971 à Vélines par plusieurs membres de sa famille. Un coup dur pour l’entreprise de 140 salariés qui va devoir réviser ses priorités pour se prémunir des conséquences que pourrait avoir une crise durable de la consommation de fleurs coupées en France. Les ajustements à venir laisseront-ils une place à la possibilité de muscler la production de fleurs en interne ? « Le contexte n’est pas tellement propice à une montée en puissance de cette partie-là de notre activité », convient Philippe Alary, mais il n’est pas pour nous question d’y mettre fin pour autant ».

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© Loïc Mazalrey – La Vie Economique

La production de fleurs fait partie de l’ADN de Rosedor. Pas un jour ne s’est écoulé depuis la création de la coopérative sans que ne poussent sous ses serres des tapis de pivoines, de gerberas, de germini ou encore de lys. Mondialisation du marché de la fleur oblige, le chemin n’a pas toujours été pavé de roses. Mais la maison véli-noise a tenu bon, même quand les éléments se déchaînaient contre elle. « Il a toujours été hors de question de tout abandonner au motif que ce pan de notre activité se portait moins bien que par le passé », indique l’irréductible Philippe Alary.

HUIT PRODUCTEURS, 30 VARIÉTÉS DE FLEURS DISPONIBLES

Aujourd’hui, les huit producteurs de la coopérative répartis dans les Landes (1), le Lot-et-Garonne (3) et la Dordogne (4) font pousser à eux seuls 30 variétés de fleurs. Une prouesse à l’heure où la disparition de la majorité des produits phytosanitaires rend les récoltes plus incertaines que jamais. « Nous misons sur une bonne gestion du climat des serres et une présence renforcée des auxiliaires de culture », détaille le patron de Rosedor qui n’obtient pas cependant toujours le volume de fleurs dont il aurait besoin pour répondre à la demande de ses clients.

« Le volet « achat-revente » des fleurs pèse aujourd’hui 8o % du chiffre d’affaires de la société »

« En réalité, c’est moins le nombre de fleurs qui pose problème que la proportion de fleurs dites imparfaites. Les fleuristes sont intransigeants. Si les produits qu’on leur présente ne satisfont à leurs critères de perfection, ils n’en veulent pas. » À quand une campagne de communication susceptible de faire évoluer les mentalités ? « Les légumes tordus ont la cote. Pourquoi n’accepteriez-vous pas d’acheter des fleurs dont le calibre ou la taille sont légèrement moindres que ceux prévus par les standards ? », interroge Philippe Alary.

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© Loïc Mazalrey – La Vie Economique

Pour arriver à maintenir le vaisseau amiral à flots, Rosedor a dû consentir à faire évoluer ses activités. Parallèlement à la coopérative, une société à actions simplifiées (SAS) a été créée pour encourager le développement du négoce. Là où, précédemment, le volet « achat-revente » des fleurs représentait 5 % du chiffre d’affaires de la coopérative, il pèse aujourd’hui 80 % du chiffre d’affaires de la société. Si Rosedor achète la majorité de ses fleurs auprès de producteurs néerlandais, elle a également recours à des approvisionnements en provenance de l’Équateur. « Nous avons bien conscience que le transport par avion n’est pas idéal pour lutter contre les gaz à effets de serre. Aussi sommes-nous très attentifs aux conditions de travail des salariés et au respect des normes environnementales. En Équateur, les salariés sont mieux payés qu’ils ne le sont au Kenya et il y a un suivi de l’impact des cultures sur l’extérieur », glisse Philippe Alary.

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© Loïc Mazalrey – La Vie Economique

14 DÉPÔTS EN FRANCE, DONT UN AU MARCHÉ DE RUNGIS

Les fleurs importées transitent ensuite par des dépôts gérés par la maison-mère. Rosedor en possède 14 au total, 1 dans l’enceinte du marché de Rungis et 13 dans l’ouest de la France, de Bayonne à Brest en passant par Toulouse, Bordeaux ou Rennes et un dans l’enceinte du marché de Rungis. De quoi réduire les distances entre l’entreprise et les fleuristes indépendants qui s’approvisionnent auprès de ses camions de livraison une à plusieurs fois par semaine. « La majorité de nos clients passent commande sur notre site Internet et reçoivent les fleurs qu’ils ont choisies. Mais il arrive que certains autres préfèrent la vente aux camions qui consiste à faire son choix parmi les fleurs disponibles dans la remorque », décrypte le patron de Rosedor. Pour faciliter la vie de ses clients, Rosedor a aussi créé un service de bouqueterie à destination des fleuristes et de la grande distribution. Des salariés de Rosedor forment eux-mêmes les bouquets et les compositions, les emballent et les expédient directement à sa clientèle. « C’est un service que nous offrons en plus aux fleuristes. Ce n’est pas cette activité qui nous rapporte beaucoup d’argent », reconnaît Philippe Alary.

« La majorité de nos clients passent commande sur notre site Internet. Mais il arrive que certains autres préfèrent la vente aux camions »

En toutes circonstances, et plus encore à l’approche des fêtes, la logistique ne doit souffrir d’aucun accroc. « Ce sont les revenus du négoce qui nous permettent de maintenir la production de fleurs en interne », confirme le PDG de Rosedor, conscient de marcher sur une ligne de crête de plus en plus étroite. « Nous sommes les derniers en France à maintenir les deux activités. Notre principal concurrent, Sodif, présent dans le sud-est du pays, ne fait plus que du négoce. »

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© Loïc Mazalrey – La Vie Economique

DES FLEURS ET DES SAPINS

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© Loïc Mazalrey – La Vie Economique

Rosedor produit des sapins Norman sur une surface de 20 hectares, à deux pas du siège de l’entreprise. Elle en produit 16 000 par an et en vend environ 10 000 chaque année à son réseau de fleuristes indépendants, aux Associations de parents d’élèves (APE) et dans une moindre mesure aux grandes surfaces.
« Il y a une perte de 30 par hectare », indique Philippe Alary, PDG de Rosedor. Contre toute attente, la production de sapins demande beaucoup de travail à ses équipes. « Il ne suffit pas de faire un trou, d’y planter un pied en espérant que le sapin pousse tout seul jusqu’à sa récolte », prévient le patron de la coopérative.
« Pour qu’il prenne sa forme pyramidale, le sapin doit au contraire être taillé régulièrement pendant sa croissance qui dure entre sept à huit ans. » Malgré les précautions prises, tous les sapins n’arriveront pas à maturité ou alors d’une manière qui ne colle pas aux standards du marché.
« Ceux-là seront alors récupérés pour alimenter la chaudière à bois qui chauffe les serres de l’entreprise », glisse Philippe Alary.