Couverture du journal du 22/05/2024 Le nouveau magazine

Science & Bio Materials : le magicien d’os !

Discrète dans le paysage des entreprises des Hautes-Pyrénées, Science & Bio Materials est pourtant un ponte dans son secteur d’activité. Spécialisée dans la conception et la fabrication des dispositifs médicaux implantables et résorbables, elle révolutionne les reconstructions ligamentaires ou d’ostéotomie du genou. Depuis Lourdes, elle poursuit sa croissance sur le marché international grâce à son service R&D innovant.

Mathieu SOUQUE, PDG de Science & Bio Materials

Mathieu SOUQUE, PDG de Science & Bio Materials © LouisPiquemil-VieEconomique

Lorsque Matthieu Souque énumère le champ des possibles de son secteur d’activité, tout novice en médecine qui l’écoute pense qu’il y a quelque chose de miraculeux dans ces procédés. Avec un calme forgé par l’habitude, le dirigeant de Science & Bio Materials (SBM) parle d’os qui se régénèrent, échappent aux prothèses et bénéficient d’implants qui se résorbent… Une routine pour lui, un espoir inouï pour ceux dont le bien-être dépend et des innovations infiniment précieuses pour tous. Aux portes de Lourdes, cette société n’en partage que la terre, ici nulle intervention inexpliquée, la moindre action est scrupuleusement étudiée et brevetée, c’est bien la science qui mène la danse. Devant les locaux qui ne cessent de s’agrandir au fil de la croissance, difficile d’imaginer les défis que les équipes de Science & Bio Materials relèvent chaque jour. Discrète dans sa communication, éclatante sur le marché mondial, la spécialiste des dispositifs médicaux pour la chirurgie orthopédique non prothétique existe pourtant depuis 1991.

Notre volonté, c’est de restaurer l’intégrité du squelette et des articulations sur l’ensemble du corps humain

Corriger les effets de l’arthrose débutante dans le genou

Fondée par Denis Clément, elle a été la première en Europe à introduire le phosphate tricalcique dans la réalisation des greffes de comblement et s’est encore démarquée en inventant les premiers implants pour les « ostéotomies tibiales de valgisation par addition ». Une opération qui corrige les effets de l’arthrose débutante dans le genou et une innovation qui signait le succès d’une entreprise à part. Depuis, son fondateur a laissé la place à Matthieu Souque qui compte bien poursuivre la voie ouverte il y a plus de 30 ans : « Notre volonté, c’est de restaurer l’intégrité du squelette et des articulations sur l’ensemble du corps humain en laissant un minimum de traces sur le patient. On restaure la fonctionnalité des articulations, on répare les os et au bout de deux ans, il ne reste plus rien », explique le PDG.

Des solutions pour des pathologies variées

Si avec l’allongement de la durée de vie, la population vieillissante booste les besoins en reconstruction osseuse, celle-ci concerne dans les faits tout le monde puisqu’elle peut relever de pathologies très variées qui vont de la traumatologie aux interventions sur le rachis pour faire des arthrodèses : « On va enlever le disque intervertébral et mettre du comblement osseux pour fusionner les segments vertébraux, précise Matthieu Souque. On peut aussi utiliser ces matériaux pour les tumeurs osseuses et reboucher l’os une fois qu’elles sont enlevées ». Jusqu’en dentisterie les dispositifs trouvent leur place, notamment lorsque la matrice osseuse est abîmée et qu’elle doit être réparée dans le cadre de la pose d’implants. En résumé, un terrain d’action composé des 206 os du corps humain et des ligaments où les dispositifs de SBM jouent un rôle de magiciens qui disparaissent une fois leur action terminée.

Innovation et fabrication sur site

« On a une grande variété de formes mais aussi de métiers à maîtriser puisque nous fabriquons ici l’intégralité des composants non métalliques de nos catalogues », précise le dirigeant. La force de SBM est pourtant sans conteste l’innovation et durant le développement de tous les nouveaux produits, une équipe de chirurgiens accompagne d’ailleurs chacun d’eux. Ils voient le jour à travers trois sources : « Ça peut être les besoins d’un chirurgien pour une nouvelle technique ou une amélioration d’un dispositif existant. Ça peut également être un besoin de marché que nous identifions. Typiquement dans le cadre du membre inférieur, on est arrivés à un moment où notre portefeuille était assez étoffé pour les ligaments croisés ». Et enfin l’expérience acquise sur ce marché permet aux chercheurs de SBM de trouver les idées de développement à concrétiser… et elles sont nombreuses.

Science & Bio Materials

© Louis Piquemil – La Vie Economique

Développement des gammes de l’épaule

On pourrait penser que l’innovation arrive au bout des besoins en les ayant tous comblés mais Matthieu Souque écarte cette hypothèse en souriant : « Chaque fois qu’on conçoit un produit, on essaye de faire en sorte qu’il soit le meilleur du marché, qu’il apporte quelque chose pour l’amélioration clinique du patient et on a toujours des idées pour ça. Et deuxièmement, avec notre savoir-faire actuel, il y a encore beaucoup de choses à faire ». Après 30 ans, la maîtrise concernant le genou est optimale et celle de l’épaule a pris un véritable essor en 2012. Car si le système peut sembler évident à adapter, il est soumis à un paramètre têtu : l’anatomie. De plus, si les matériaux sont les mêmes, les chirurgies sont différentes, le genou se reconstruit et l’épaule se répare, une nuance qui nécessite des variations. Les équipes lourdaises s’y attèlent et cet été, cinq nouvelles gammes sont sorties des ateliers de SBM pour être distribuées sur le marché américain. « On a démarré avec une gamme restreinte qu’on est en train de consolider pour être à la hauteur des offres et des acteurs des majors ».

SBM est aujourd’hui la seule entreprise à proposer des composites résorbables et osthéo-conducteurs chargés à 60 % en céramique

Face à la domination mondiale de 5 majors

En 2020, le marché mondial des implants chirurgicaux s’élevait à 91 milliards dont 38 % liés à la chirurgie orthopédique. Avec une croissance annuelle de 5 à 7 %, l’enjeu est aussi grand que la concurrence est féroce. Née de la recherche dans les biomatériaux, SBM s’appuie sur sa particularité : elle est encore aujourd’hui la seule entreprise à proposer des composites résorbables et osthéo-conducteurs chargés à 60 % en céramique : « C’est ce qui permet la reconstruction de l’os et d’optimiser la repousse osseuse ». Un taux qu’aucun concurrent n’affiche, pas même les poids-lourds que sont les 5 majors américaines qui à elles-seules se partagent 90 % du marché : « Le marché américain c’est 50 % du marché mondial et sur ce marché-là, il y a un acteur qui représente 75 % du marché », constate Matthieu Souque.

15 NOUVEAUX DISTRIBUTEURS AMERICAINS

Pour être distribués aux Etats-Unis, les dispositifs doivent avoir l’autorisation 510 K de la FDA, l’agence de régulation américaine, et SBM a été la première entreprise à l’avoir pour le comblement osseux dans les années 2000. Si les dispositifs sont protégés, les matériaux ne le sont pas et de nombreuses petites entreprises sont désormais en lice : « On est très sollicité par les majors pour qu’elles puissent faire de la marque blanche avec nos dispositifs. Certaines ont mis nos dispositifs sur leurs catalogues mais si nous sommes responsables de la fabrication et des autorisations réglementaires, sur les boites, il y a leur logo ». Une forme de sous-traitance si ce n’est que SBM est entièrement responsable de ses produits. En ce début d’année, c’est pourtant un nouveau tournant que prend le site des Hautes-Pyrénées : « En septembre nous avons signé avec une entreprise américaine qui va nous donner accès une quinzaine de distributeurs, les produits seront diffusés sous notre nom » se réjouit Matthieu Souque qui vient de les former en décembre. Un nouveau paramètre qui pourrait bien transformer son chiffre d’affaires réalisé à ce jour à 30 % en France et 70 % réparti à l’export, dont 40 % sous sa marque et 30 % en « sous-traitance ».

LA CHINE POUR OBJECTIF

Présente dans tous les continents à travers 60 pays, SBM a affiché sa plus forte progression l’an dernier en Asie du Sud-Est, notamment au Viêt-Nam, et c’est désormais la Chine qui est dans son viseur : « Le marché est très mouvant, afin d’obtenir la division par deux des achats, la Chine a rassemblé les appels d’offres de différentes régions, de fait les volumes atteints sont énormes. Certains acteurs se retirent, d’autres sont obligés de s’implanter sur place et de faire fabriquer des produits low-cost pour ne pas tout perdre… C’est très intéressant de voir ce qui va se passer ». Plus précieux que jamais, Capital Export et son accompagnement vont s’avérer des partenaires de poids dans cet avenir. Le fonds d’investissement est en effet devenu actionnaire majoritaire en 2022 et a permis l’obtention des assurances prospections mais a également joué un rôle dans le choix des partenaires liés aux études de marchés poussées qui ont affiné la stratégie d’implantation de SBM.

Science & Bio Materials

© Louis Piquemil – La Vie Economique

14 M€ D’ICI 3 ANS

Avec 63 salariés qui relèvent de la conception, la production jusqu’au commercial, l’entreprise est prête à relever tous les défis et celui de la RSE est déjà en passe d’être gagné : en 2017 elle a obtenu la certification ISO 14001 qui illustre sa démarche environnementale et ce à tous les niveaux. Forte d’un chiffre d’affaires de 8 millions d’euros en 2023, elle vise les 10 millions d’euros en 2024 et se fixe pour objectif d’atteindre les 14 millions d’euros d’ici 3 ans. SBM poursuit son ascension sur le rude marché international des dispositifs médicaux implantables avec pour armes sa détermination, son incroyable service R&D et sa volonté intacte de peser sur le monde tout en améliorant la qualité de vie des personnes qui s’y trouvent. Et s’il y a un os dans cette recette, les équipes lourdaises sauront assurément comment le traiter.

SBM en chiffres

63 salariés

CA 2023 : 8 millions d’euros

CA réalisé à 30 % en France et 70 % réparti à l’export, dont 40 % sous sa marque et 30 % en « sous-traitance »

Certification ISO 14001 depuis 2017