La Vie Économique : Comment a émergé l’idée d’App’Ines ?
Adrien Bourzat : L’entreprise est née en 2018. Le projet, lui, provient d’une histoire familiale. Mes parents travaillaient à l’hôpital public d’Ussel, et mon frère est infirmier libéral. De mon côté, j’ai fait une école de commerce, mais j’ai voulu remettre un pied dans la santé. Et, lorsque j’ai discuté avec mon frère du fait qu’on se voyait peu, il m’a fait remarquer que les congés étaient difficiles à prendre, faute de remplaçant. À ce moment-là, j’étais dans le digital à Paris. J’ai quitté mon CDI pour monter mon entreprise en plein désert médical, à Saint-Pardoux-le-Neuf, en Corrèze : App’Ines.
LVE : Concrètement, quels services propose App’Ines ?
A. B. : Nous nous chargeons de la mise en relation entre les professionnels pour les remplacements. L’objectif, c’est que chaque soignant puisse savoir avec qui et où il travaille, en pleine confiance.
LVE : Vous rassemblez désormais beaucoup d’utilisateurs ?
A. B. : Nous avons commencé par proposer le service aux kinés. Désormais, 50 % des kinés en France sont inscrits sur la plateforme. Puis, en 2021, nous avons progressivement ouvert aux autres professions de la rééducation (podologue, orthophonistes…). Puis, il y a eu les infirmiers, début 2025. Aujourd’hui, plus de 60 000 soignants sont inscrits, avec 1 250 nouveaux utilisateurs par mois. C’est important que, par profession, nous ayons rapidement assez d’offres et de demande pour le matching. Désormais, pour les libéraux, nous proposons des services pour le remplacement, l’assistanat, les cessions de cabinet et les stages. Progressivement, nous avons été contactés par les établissements de soin, donc nous avons monté un cabinet de recrutement classique, en nous appuyant sur notre communauté. Pour les salariés, nous réalisons une préqualification et des entretiens, avant de présenter les candidats aux recruteurs.
LVE : N’est-ce pas complexe de trouver des matchs dans des déserts médicaux ?
A. B. : Nous sommes présents sur l’ensemble du territoire national, et certaines professions sont très mobiles. Sur l’appli, nous mettons donc en avant le poste, mais aussi l’environnement. Le titulaire peut se faire assister par l’IA.
LVE : Quels sont vos projets pour continuer de développer l’application ?
« Nous voulons lancer le service pour les généralistes d’ici la fin de l’année »
A. B. : Nous voulons lancer le service pour les médecins généralistes d’ici la fin de l’année. Ce mois-ci nous lançons également une version web, en plus de l’app mobile, qui sera plus adaptée à nos nouveaux clients, notamment pour les cas de multirecruteur.
LVE : Quels sont les modes de rémunérations de l’application ?
A. B. : Le recrutement pour les libéraux repose sur du freemium. Certaines options facilitant le matching sont payantes. Pour le salariat, l’entreprise est rémunérée au placement, une fois la période d’essai achevée, et les candidats eux, touchent 300 euros. Enfin, nous avons une régie publicitaire, et on se rémunère au coût pour mille ou par l’affiliation.
LVE : Comment se porte l’entreprise ?
A. B. : Aujourd’hui, App’Ines compte 15 collaborateurs, dont une majorité est intéressée au capital. Entre 2019 et 2021 j’ai également eu l’aide de quatre business angels, qui sont mes associés. Ils sont issus du domaine de la santé, de la tech ou de la finance. Cependant, je reste majoritaire, car je veux garder mon indépendance sur la gouvernance. Aujourd’hui, l’entreprise est rentable et solide. Le taux de progression de notre chiffre d’affaires est à deux chiffres tous les ans, et nous avons dépassé le million d’euros de revenus.