Couverture du journal du 22/05/2024 Le nouveau magazine

Béarn – Le virage vert du bassin de Lacq

La récente annonce confirmant l’installation d’une usine de production d’e-méthanol sur l’un des sites de Lacq conforte un peu plus encore la position du bassin industriel, aux avant-postes de la transition énergétique.

bassin de lacq

La plateforme Induslacq, sur le bassin de Lacq. © Chemparc

A Lacq, le 19 décembre 1951, la découverte d’un gisement de gaz estimé à 262 milliards de mètres cubes par les ingénieurs de la Société nationale des pétroles d’Aquitaine change la vie de tout un territoire. En 1957, l’exploitation démarre, des milliers d’emplois directs et indirects sont créés, Mourenx ville nouvelle est construite, des entreprises s’installent… : Lacq devient le « Texas béarnais ». Aujourd’hui, la source est presque tarie, la commercialisation du gaz stoppée par Total depuis 2013 et la quantité restante réservée aux industries du site. Pourtant, le bassin de Lacq a survécu, et mieux encore, s’apprête à ouvrir une nouvelle page de son histoire tournée vers la transition énergétique.

Une première étape en 2006 avec Abengoa

Patrice Bernos, directeur général de Chemparc, est aux premières loges pour assister à cette mutation qu’il défend avec passion depuis sa prise de poste, il y a 11 ans. Le groupement d’intérêt public (GIP) Chemparc a en effet été créé en 2003 afin d’accompagner la revitalisation et de contribuer au développement économique du bassin de Lacq, en attirant notamment de nouvelles entreprises. Une mutation qui vire sérieusement au vert, après une amorce en 2006, déjà.

Patrice Bernos, directeur général de Chemparc. © E. Loustalet-Turon

« Abengoa, une société espagnole devenue aujourd’hui Vertex Bioénergie du Sud-Ouest, s’est implantée cette année-là pour traiter les grains de maïs et produire du bio-éthanol », resitue Patrice Bernos. « C’est la véritable première étape qui nous a amené à dire que le bassin de Lacq, qui a participé à l’indépendance énergétique de la France pendant 60 ans avec l’exploitation du gaz de Lacq, devait pouvoir se tourner vers tout ce qui est carburants alternatifs et transition énergétique. »

Une plateforme dédiée à Pardies-Noguères

S’ensuit un deuxième palier, lorsque la Communauté de communes Lacq Orthez (CCLO) décide en 2018 de racheter les friches industrielles des sites de Par- dies-Noguères. « Nous nous sommes dits que ces 250 hectares démantelés, réhabilités, dépollués après l’arrêt de plusieurs activités industrielles (dont Célanèse ou Aluminium Péchiney) étaient un terrain de jeu formidable pour accueillir des projets en lien avec la transition énergétique », précise Patrice Bernos. Dans un premier temps, quatre centrales solaires au sol sont installées sur 70 hectares par Total Quadran, pour produire plus de 60 MWc.

Si les 4 projets liés à la transition énergétique accompagnés par Chemparc aboutissent, cela représenterait 1 milliard d’euros investis sur les 6 ans à venir et plus de 500 emplois créés.

Dans un second temps, une usine de méthanisation de 102 000 MWh, appartenant à Fonroche avant d’être rachetée par Total Énergies Biogaz, a vu le jour, sa mise en service ayant eu lieu il y a quelques semaines. L’addition de ces installations ouvre significativement la voie : ces derniers mois, quatre gros projets dans les énergies renouvelables, dont deux plus qu’avancés, sont venus consolider définitivement la mutation verte du bassin de Lacq. Si tous aboutissent, cela représenterait 1 mil- liard d’euros investi sur les six ans à venir, et plus de 500 emplois créés.

Une usine de recyclage d’aimants d’ici 2025

« Carester porte sur Lacq un projet nommé Caremag. Son ambition : récupérer des aimants de forte capa- cité qui pullulent dans les moteurs électriques. Dans ses aimants, il y a des métaux rares aujourd’hui extraits dans des conditions critiquées, en Asie du Sud-Est notam- ment », dévoile le directeur de Chemparc. « Cette société a trouvé un moyen de récupérer et de produire ces métaux, sur le territoire. Elle sera la première en France. » À fin 2024, Carester s’installera sur la zone Induslacq, moyennant un investissement de 130 millions d’euros et la création d’une centaine d’emplois directs.

« Le deuxième projet autour de la transition énergétique nous vient d’Elyse Energy », continue Patrice Bernos. Cette entreprise veut produire de l’e-méthanol, susceptible de remplacer les carburants fossiles, qui serait majoritairement destiné à une utilisation maritime et industrielle. Elyse Energy a un objectif de production en France de quelques centaines de milliers de mètres cubes d’e-méthanol, dont une partie pro- viendra de Lacq. L’usine d’Elyse Energy sera construite sur une parcelle de 14 hectares sur le site de Pardies- Noguères. 350 millions d’euros seront injectés dans ce projet, qui devrait être opérationnel en 2027, et près de 100 emplois directs et indirects seront créés.

Les e-carburants en première ligne

Deux autres projets portant aussi sur les carburants alternatifs sont également dans les tuyaux, en pré- étude de faisabilité. L’un concerne la production d’un bioéthanol de deuxième génération produit à partir des coproduits du maïs (rafle, tige, etc.) et de la filière bois, l’autre la fabrication d’e-kérozène. Les démonstrateurs industriels sont au point et l’application industrielle est la prochaine étape. Reste à savoir si ces deux porteurs de projet jetteront leur dévolu sur Lacq, en concurrence avec d’autres bassins industriels français. L’art de la persuasion des acteurs de Chemparc et leurs solides arguments devraient sans doute peser dans la balance.

Objectif décarbonation

Un autre dossier a par ailleurs été ouvert par Chemparc et l’ensemble des acteurs du territoire : celui de la décarbonation. « C’est une volonté des industriels présents de se confronter à ce problème », présente Patrice Bernos. « Depuis le mois de juin, nous nous sommes positionnés sur un projet collectif et territorial de décarbonation des activités industrielles du bassin de Lacq. Notre objectif : présenter un dossier à l’appel à projet de l’Ademe nommé « Zibac » (Zone Industrielle Bas Carbone). Il présentera des investissements accrochés à des équipements ou des activités nouvelles qui pourront participer à cette décarbonation. »