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[Dossier – Forêt : renaître de ses cendres] Incendies en Gironde : enjeux et conséquences

Alors que ces incendies hors norme ont tout juste été éteints dans les derniers jours d’août, les professionnels et pouvoirs publics devront forcément tirer des enseignements, prévoir davantage de pare-feux, quadriller la forêt avec des points d’appui pour les pompiers… Sera-ce suffisant ? Ces monstres de feu posent des urgences environnementales mais aussi des enjeux économiques.

incendies Gironde

© D. R.

« Notre maison brûle » … et nous regardons groggys les conséquences immédiates et les moyens de réorienter sur le long terme des choix de société. L’espace forestier repose sur un équilibre, avec ses forces de défenses et ses points faibles, et la prévention reste la meilleure attaque pour le préserver du feu, danger d’origine essentiellement humaine.

GRAND CHANTIER NATIONAL POUR LA REPLANTATION

Après la réunion interministérielle de crise et l’annonce d’un grand chantier national pour la replantation, un groupe opérationnel régional forêt-bois s’est formé dès le 3 août autour de la préfecture de Gironde pour estimer les dégâts et les difficultés de la filière bois, recenser les besoins et soutiens. Il va préparer le plan de reboisement selon des règles plus protectrices pour prévenir ces incendies hors norme.

Le volume de bois incendiés est évalué à 2,37 millions de m3, avec de fortes conséquences dans le massif des Landes de Gascogne : ce sinistre y équivaut presque à une demi-récolte annuelle. Un suivi sanitaire évalue les risques de prolifération d’insectes ravageurs. Et la profession, en accédant aux parcelles brûlées pour exploiter ces bois, va poursuivre l’approvisionnement des industries de transformation en Nouvelle-Aquitaine.

Le volume de bois incendiés est évalué à 2,37 millions de m3

AMÉNAGEMENT DU TERRITOIRE À REVOIR

Le président de la Région Nouvelle-Aquitaine Alain Rousset, rappelant sa crainte des feux dans une forêt source de « richesse économique, humaine et environnementale », donne la priorité de réflexion « à la reconstruction du massif forestier, à son entretien et à ses usages ». Et surtout, « il est urgent d’avoir en région une force aérienne, des équipements capables d’intervenir rapidement pour éteindre ces feux ». La collectivité se dit prête à s’associer pour élaborer un nouveau programme de relance de la conception d’avions amphibies. La maintenance pourrait y être assurée, du fait des compétences et formation développées, notamment avec l’Aerocampus Aquitaine. L’aménagement du territoire est à revoir, qu’il s’agisse de mitage du massif, bordures de routes et lisières de forêts.

incendies Gironde

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RENFORCER LES SERVICES PUBLICS FORESTIERS

De son côté, la Fédération nationale des communes forestières et l’Association des maires ruraux de France alertent de nouveau l’État sur l’urgence de renforcer les services publics forestiers : espaces de biodiversité et de loisirs, les forêts participent à la souveraineté économique du pays et aux solutions pour lutter contre le changement climatique. Les deux instances demandent d’assurer une gestion durable et multifonctionnelle des forêts, de déployer les moyens nécessaires avec un nombre suffisant de professionnels sur le terrain, sachant la réduction d’effectifs prévue à l’ONF (500 postes de moins dans les prochaines années).

LA FORÊT RÉGIONALE EN CHIFFRES

La Nouvelle-Aquitaine, avec le massif forestier le plus étendu de France métropolitaine (2,8 millions d’hectares), est la première région pour la récolte de bois commercialisé (plus de 9 millions de m3 en 2020, soit le quart de la production française). Les résineux, pin maritime en tête, pèsent pour près des deux tiers de la récolte. La production de sciages, de bois sous rail et de merrains représente 22 % de la production nationale (soit près de 1,8 million de m3). 10 % de l’exploitation forestière est utilisée en énergie.

La région arrive en tête pour le nombre d’entreprises qui opèrent dans la filière bois : elles sont 28 000, avec plus de 50 000 salariés. Côté chiffre d’affaires, la Nouvelle-Aquitaine prend la seconde place française, avec 10 milliards d’euros.

Source : Agreste, Draaf Nouvelle-Aquitaine