Couverture du journal du 05/10/2022 Consulter le journal

[ Dossier Présidentielle 2022 ] Transition écologique, le défi économique du siècle

La prochaine élection présidentielle est l’occasion de faire un tour d’horizon des enjeux économiques du prochain quinquennat. Parmi ceux-ci figurent la politique monétaire et budgétaire, la balance commerciale, le pouvoir d’achat, l’emploi, la fiscalité, les retraites, le logement. Cette semaine, focus sur la transition écologique dont la philosophie repose sur le choix fédérateur d’un développement durable et soutenable qui impose la préservation d’un stock de capital naturel inaliénable.

Jean-Marc FIGUET et Christian PRAT DIT HAURET, professeurs à l’Université de Bordeaux, écologique

Jean-Marc FIGUET et Christian PRAT DIT HAURET, professeurs à l’Université de Bordeaux © Atelier Gallien - Echos Judiciaires Girondins

Le récent rapport du GIEC est quasiment passé inaperçu du fait de la guerre en Ukraine. Pourtant, et pour des raisons totalement différentes du conflit ukrainien, il pointe la menace objective d’une disparition pure et simple de l’humanité, si nous persistons à garder la tête dans le sable, illustrant les propos prémonitoires de Pierre Joliot-Curie : « La société qui survit en créant des besoins artificiels pour produire efficacement des biens de consommation inutiles ne paraît pas susceptible de répondre à long terme aux défis posés par la dégradation de l’environnement ».

Pour les scientifiques contributeurs, « ce rapport reconnaît l’interdépendance du climat, des écosystèmes, de la biodiversité et des sociétés humaines ». L’économie de marché telle qu’elle s’est développée depuis la fin de la 2e Guerre mondiale est désormais à bout de souffle. Elle donne lieu à une consommation sans retenue de ressources naturelles. L’économie de marché provoque des catastrophes écologiques de plus en plus fréquentes et de plus en plus violentes (marées noires, fonte des glaces, ouragans et tempêtes, destruction des forêts, disparition définitive d’un nombre croissant d’espèces animales et végétales).

DESTRUCTION MASSIVE DE LA BIODIVERSITÉ

On assiste ainsi, depuis plusieurs dizaines d’années, à une destruction massive de la biodiversité, à des émissions records de gaz à effet de serre et à des prix de plus en plus élevés des énergies fossiles (pétrole, gaz, charbon, notamment), à une raréfaction des minerais et à une explosion du prix des matières premières agricoles. Les enjeux sont colossaux car la population mondiale va être multipliée par 2,5 d’ici 2050 et, a contrario, il est nécessaire de réduire de manière drastique les émissions mondiales de CO2 à la même échéance. La question de la migration climatique se pose déjà, tout comme celle de l’accès à l’eau ou à la nourriture pour une majorité de l’humanité.

L’économie de marché provoque des catastrophes écologiques de plus en plus fréquentes et violente

APPAUVRISSEMENT DES SOLS : UN CHALLENGE POUR LA VITICULTURE

Comme partout ailleurs, la région Nouvelle-Aquitaine ne sera pas épargnée par cette mutation systémique. L’érosion du littoral atlantique pose la question de l’urbanisation de demain, des infrastructures côtières, mais aussi celle du tourisme. Le réchauffement de l’eau de l’océan implique un questionnement pour les activités piscicoles et ostréicoles. L’élévation de la température et la réduction de la pluviométrie menacent les activités pyrénéennes. Et l’appauvrissement des sols pose à l’agriculture et à la viticulture un challenge quant à leur futur.

POUR UNE NOUVELLE CROISSANCE « VERTE »

La transition écologique est le levier qui peut nous permettre de sortir par le haut d’un modèle économique productiviste, consumériste et prédateur pour les ressources naturelles. Cette transition permettra de fonder une nouvelle croissance, la croissance verte, de lutter contre le réchauffement climatique et la précarité énergétique, de réduire la pollution et la consommation de ressources, d’améliorer la santé et de réduire les déchets. L’économie de marché articulée autour d’un capitalisme financier « cannibale » et obsédée par la création de valeur pour les actionnaires, est passée de mode.

Elle ne correspond plus du tout aux attentes sociologiques des jeunes générations qui achètent des vêtements de seconde main, des baskets biodégradables et préfèrent une économie collaborative et du partage à l’économie individualiste. Elles militent à juste titre pour un développement durable défini par le rapport Brundtland comme « un développement qui répond aux besoins du présent sans compromettre la capacité des générations futures à répondre aux leurs ».

BIG BANG SYSTÉMIQUE

Faisons nôtre la citation d’Antoine de Saint-Exupéry : « Nous n’héritons pas de la terre de nos parents, mais nous l’empruntons à nos enfants ». L’économie financière de marché doit s’effacer et laisser la place à l’économie écologique où les critères extra-financiers ont autant de poids que les seuls critères financiers. L’économie ne se résume pas à la simple croissance du PIB, elle doit tout autant intégrer la notion de bien-être des populations. Pour réaliser ce big bang systémique, il convient d’opérer une transition écologique qui consiste à mettre en place un nouveau système économique et social de manière à répondre aux enjeux écologiques du siècle.

L’économie de marché articulée autour d’un capitalisme financier « cannibale » ne correspond plus aux attentes des jeunes générations

20 % D’ÉNERGIES RENOUVELABLES

Exit les sociétés « thermo-industrielles » fondées sur un système d’énergies fossiles de plus en plus rares et qui créent des systèmes politiques exploités par des capitalistes rapaces et pilleurs. Il est, à cet effet, louable que l’Union européenne ait fixé un objectif de 20 % d’énergies renouvelables (éolien, solaire thermique et photovoltaïque, biomasse et géothermie) et que la loi française ait fixé 9 objectifs à atteindre dans le Code de l’Environnement :

  • réduire les émissions de gaz à effet de serre ; réduire la consommation énergétique ; réduire la consommation énergétique primaire des énergies fossiles ; augmenter la part des énergies renouvelables dans notre consommation énergétique ;
  • réduire la part du nucléaire dans la production d’électricité ; réduire la mortalité due à la pollution atmosphérique ; disposer d’un parc immobilier aux normes BBC (Bâtiment Basse Consommation) ;
  • obtenir l’autonomie énergétique dans les DOM ; augmenter la qualité de chaleur et de froid renouvelable

Plusieurs mesures peuvent être mises en œuvre pour réaliser cette indispensable transition écologique. Tout d’abord, il convient de mettre en œuvre un plan massif d’investissements afin de développer l’économie circulaire, le recyclage des déchets, l’efficience énergétique des logements, favoriser le fret ferroviaire et investir dans la préservation et la restauration des écosystèmes. Ensuite, il serait utile de réduire la dépendance des ménages les plus modestes aux énergies fossiles en revoyant complètement les systèmes de chauffage et les modes d’isolation des logements. Enfin, il convient de lutter contre les externalités négatives en adoptant une fiscalité écologique, en instaurant des quotas échangeables et en rendant obligatoire l’application de normes environnementales. Il convient ainsi de taxer l’exploitation et la destruction des ressources naturelles.

Il est également nécessaire de taxer la consommation des carburants liés aux énergies fossiles et les combustibles de chauffage. Mais de manière plus globale, c’est une économie de la satiété et de sobriété qu’il convient de construire, une économie inspirée d’une philosophie de la finitude et de la durabilité. La protection de l’environnement doit transcender les égoïsmes individuels. Pour Gandhi, « le monde contient bien assez pour les besoins de chacun, mais pas assez pour la cupidité de tous ».

Jusqu’à présent, nous nous sommes comportés comme le lièvre de la fable de La Fontaine, arrogant et sûr de son fait. Nous devons désormais nous comporter comme la modeste et vénérable tortue. Mais une tortue qui doit avancer à la vitesse du lièvre !