Couverture du journal du 14/02/2024 Le magazine de la semaine

Energies renouvelables, un nouveau concept numérique

Basée à Tarbes, Select ENR développe et commercialise un système de télégestion du pilotage des sites de production des énergies renouvelables. Elle lance un nouveau concept tout numérique qui va équiper les parcs en 2025 comme nous l’explique Christophe Aubigny, CEO de Select ENR.

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Christophe Aubigny, CEO de Select ENR. © D.R

La Vie Economique : Vous êtes un des co-fondateurs de la société SELECT ENR, comment est-elle née il y a deux ans ? 

Christophe Aubigny : « Nous sommes une société indépendante créée à l’issue d’un essaimage technologique, une spin-off du groupe Cahors qui a 12 filiales dont une à Bagnères-de-Bigorre. J’étais directeur de la stratégie produit du groupe où travaillaient également Fabien Escolano et Florian Allard. Frédéric Messine, chercheur en mathématiques à Laplace de Toulouse nous a rejoint et nous avons fondé Select ENR. On sentait que la transition énergétique nécessitait de rendre plus intelligents les réseaux électriques et on avait un réel savoir-faire qui nous permettait de pouvoir proposer des solutions. A partir de là on a travaillé notre business model afin de répondre aux besoins des clients et d’Enedis. » 

LVE : Vous développez des solutions pour la transition énergétique et les réseaux électriques intelligents, en quoi consistent-elles ? 

C.A : « On fait des produits pour intégrer les producteurs d’énergies renouvelables sur le réseau électrique 20 000 volts. Qu’elle soit en éolien, photovoltaïque, hydraulique ou biomasse-biodaz, une production d’énergie renouvelable est installée sur un site isolé où généralement il n’y a pas de présence constante du personnel. Les exploitants ont besoin de pouvoir rapatrier l’ensemble des alarmes, des mauvais fonctionnements ou de piloter à distance certains organes de ces installations et c’est dans ce contexte que nous avons mis au point un boitier communicant. C’est une passerelle, une supervision de centrale qui permet de communiquer avec la production en distant.  

LVE : C’est une activité très spécifique, pourriez-vous nous donner un exemple d’action ? 

C.A : Au-delà de l’exploitation de la centrale, le gestionnaire d’énergie va piloter les centrales en fonction de la santé du réseau. Les énergies renouvelables sont météo-dépendantes donc l’énergie injectée sur le réseau n’est pas constante contrairement à une centrale nucléaire par exemple. Elle ne se stocke pas, quand on en a beaucoup qui arrive et que les consommateurs sont peu nombreux, il y en a trop. Soit la tension augmente soit la fréquence varie… Et la qualité de l’électricité sort alors des contraintes du contrat qu’a Enedis avec ses consommateurs. Il y a d’autres acteurs, ce sont ceux qui achètent l’énergie car c’est un marché où il y de l’offre et de la demande. Quand il y a plus de production que de consommation, le prix plonge et devient négatif sur certaines périodes de la journée… Et le producteur va devoir de l’argent pour évacuer son énergie ! » 

LVE : Le système de télégestion permet de maîtriser cette énergie ?  

C.A : « Oui, on bride la centrale, on l’empêche de produire et d’injecter l’énergie sur le réseau, comme le ferait un interrupteur. On mesure et communique en temps réel. En fonction des besoins de la centrale, on définit le nombre de boitiers, ils sont faits sur mesure, on livre, on met en service et on nous appelle s’il y a des problèmes de maintenance. On a une activité de service assez importante, c’est un réel métier, on est amené à accompagner nos clients dans la résolution de leurs problèmes avec leur supervision. »  

LVE : Votre actualité concerne le lancement du eDEIE, un concept entièrement numérique qui joue un rôle dans la cybersécurité des sites, quel est-il ?  

C.A : « Lorsque le gestionnaire de réseau Enedis raccorde une installation d’énergie renouvelable sur le réseau, il apporte un boitier pour communiquer avec leurs propres installations de supervision. Nous on a un boitier qui vient, en face, côté producteur, pour pouvoir faire tous les accusés de réception des ordres d’Enedis et les transformer en actions au niveau de la centrale. Ce boitier était jusqu’à présent une version analogique, on a travaillé sur un système où les échanges de données passent maintenant en numérique complet.  

Notre système est beaucoup plus robuste, le but est d’éviter les black out 

Au niveau des cyberattaques, il est beaucoup plus robuste, le but c’est d’éviter les black-out. On a des agents numériques qui prennent le tenant et les aboutissants des informations et vont les coder. Celui qui les envoie à un codeur que seul celui qui est de l’autre côté peut décoder. Ça particularise les deux équipements et un tiers ne peut pas insérer une information intelligible dans ces échanges de données. Le déploiement est prévu fin 2025. » 

LVE : C’est un secteur d’activité porteur ?  

C.A : « C’est une activité qui a une très grosse croissance, nous avons démarré à zéro il y a deux ans, là on est à x 4 sur le chiffre d’affaires, il sera supérieur à 500 000 euros. Aujourd’hui nous sommes 7 salariés, en comptant les cofondateurs. Sur 5 000 parcs, il y en a un millier de supervisés et Select ENR est sur une trentaine. » 

LVE : Vos principaux concurrents sont Total Energie ou Engie : quels sont vos atouts face à ces grandes entreprises ? 

C.A : « Notre principal argument, c’est la connaissance de l’environnement de production de l’énergie et du raccordement du réseau. Le produit avec lequel le nôtre communique a été développé par le groupe Cahors dont nous sommes issus donc on le maîtrise ! »