Couverture du journal du 06/06/2024 Le nouveau magazine

Kirpy, l’histoire se perpétue

De la première décavaillonneuse ayant conquis, dès 1918, les vignobles de Californie jusqu’aux derniers broyeurs forestiers, l’entreprise layracaise Kirpy cultive un savoir-faire ancestral qui rayonne aujourd’hui sur tous les continents. Rencontre avec une vieille dame intemporelle aux racines bien ancrées dans la terre du Sud-Ouest.

Kirpy

© Julien Mivielle - La Vie Economique

De l’entreprise Kirpy, on dit que c’est une vieille dame qui sait s’adapter perpétuellement pour rester moderne ! Malgré son âge canonique, 111 ans, l’entreprise a su en effet évoluer au gré des besoins de ses clients, principalement des agriculteurs. Fière de son riche passé (elle conserve dans son propre musée la première charrue fabriquée par Monsieur Garric, fondateur de l’entreprise en 1912, ainsi que d’anciens miradors toujours debout dans l’usine), l’entreprise layracaise se développe habilement entre modernité et savoir-faire ancestraux.  « Nous utilisons toujours la presse verticale datant de 1900 qui côtoie une presse numérique achetée en 2023 ou notre dernier robot soudeur. Notre force, c’est de fabriquer sur place 95 % de nos produits avec nos propres forges, nos traitements thermiques, nos soudeurs, peintres…Ce savoir-faire est rare aujourd’hui, nous y tenons beaucoup » explique Cédric De Bourayne, directeur général de Kirpy, à peine débarqué de Tahiti où l’entreprise layracaise répondait à un appel d’offres afin d’équiper et d’entretenir du matériel pour des tracteurs appelés à relancer la culture de la noix de coco.

Kirpy

© Julien Mivielle – La Vie Economique

Notre force, c’est de fabriquer sur place 95 % de nos produits avec nos propres forges, nos traitements thermiques, nos soudeurs, peintres… 

La révolution du tracteur

 On fabriquait ici 12 000 éléments par an… 

Historiquement spécialisé dans l’épierrage (afin de broyer les cailloux pour rendre arables des terres peu cultivables) puis dans le broyage-recyclage, le décompactage-nivelage et la récolte (tout ce qui touche au travail du sol et du sous-sol), Kirpy construit des outils pour équiper des machines agricoles et viticoles. Dès les premières années, le savoir-faire de l’entreprise lot-et-garonnaise conquit rapidement les viticulteurs du sud-ouest puis de toute la France et enfin d’Amérique. Tout démarre en 1912 avec la construction d’une charrue spéciale, la “Décavaillonneuse”, permettant le labour du cavaillon, lourd travail effectué autrefois à la main. Après avoir créé la marque Kirpy, M.Garric exporte ses premières charrues jusqu’en Californie à partir de 1918. Face au succès, il agrandit alors l’usine de Layrac en construisant 3 halls nouveaux permettant l’installation des ateliers de forges, d’usinage, d’outillage et de montage ainsi que les différents magasins, dont celui des pièces détachées. En plein apogée, l’entreprise layracaise s’adapte ensuite à l’un des plus grands bouleversements du monde agricole, l’essor du tracteur dans les années 50 : « Ce fût une révolution ! À l’époque, Massey (référence mondiale historique des constructeurs de tracteurs) commandait des charrues Kirpy pour les monter sur leurs tracteurs de série ! On fabriquait ici 12 000 éléments par an…Nous avions beaucoup de demandes aussi pour la récolte du tabac dans tout le sud-ouest » souligne Cédric De Bourayne.

Kirpy

© Julien Mivielle – La Vie Economique

Implanté sur tous les continents

Travaillant essentiellement avec des professionnels du monde agricole (vigne, forêt maraîchage, arboriculture…) qui représentent 80 % de la clientèle, les 20 % restants provenant du secteur des TP (travaux publics), Kirpy s’adapte à l’évolution des besoins de ses clients répartis sur les 5 continents. « Notre porte d’entrée, c’est le tracteur, que ce soit pour du défonçage de route, du malaxage de chaux ou pour tirer une benne de TP » précise le directeur de Kirpy qui réalise un chiffre d’affaires annuel entre 4.2 et 5 M€, dont en moyenne 30% provient de l’export. Un chiffre qui a même atteint 45% de l’activité, à l’époque où Kirpy était fortement implanté au Brésil : « On faisait 400 000 € de chiffre d’affaires là-bas et depuis 7 ans, plus rien. C’est le problème de l’export, soumis aux crises géopolitiques » confie le directeur de Kirpy en observant une vitrine comprenant des cailloux venant des 4 coins du globe et installée dans le hall d’accueil des visiteurs.

Un robot soudeur flambant neuf

En augmentant ainsi sa productivité, Kirpy renforce l’un de ses atouts stratégiques, la gestion des stocks 

Kirpy

© Julien Mivielle – La Vie Economique

Produisant donc dans ses usines de Layrac des broyeurs, ramasseuses et extirpateurs de pierres, récolteuses (tabac-asperges), rouleaux émotteurs, lame niveleuse, débroussailleurs et charrues, Kirpy emploie 35 salariés en Lot-et-Garonne, dont 25 personnes dédiées à la production et 3 en charge du bureau d’études. Vivant avec son temps, Kirpy a su se développer en investissant dans du matériel ou en croissance externe. Elle a notamment racheté en 2001 l’entreprise Grenier-Franco installée dans la Vallée du Rhône, entre Lyon et Valence, et qui fabrique pour la viticulture, l’arboriculture, la sylviculture et la culture tropicale des outils de préparation de sols, de débroussaillage et d’arrachage de vigne, lui permettant ainsi de se développer dans le sud-est. Sur le site de Layrac, elle a également racheté un silo voisin à Terres du Sud pour rapprocher son activité de peinture et vient d’investir, en 2023 et avec l’aide de la région Nouvelle-Aquitaine, dans l’acquisition d’un robot soudeur et d’un bâtiment spécialement construit pour l’héberger. En augmentant ainsi sa productivité, Kirpy renforce l’un de ses atouts stratégiques, la gestion des stocks : « Nous avons 1 600 références de pièces de rechange ! Notre force, c’est d’avoir du stock pour proposer des délais très courts de livraison, allant de 6 à 8 semaines maximum » ajoute Cédric De Bourayne qui a repris la direction de la holding familiale en 2009 avec son beau-frère, auparavant gérée depuis 1987 par son beau-père, François Lenoir, après avoir occupé plusieurs postes, de l’usine au service commercial et jusqu’à la direction.

 

Kirpy

© Julien Mivielle – La Vie Economique