Couverture du journal du 16/06/2021 Consulter le journal

L’heure de la médiation a sonné !

Grâce à un processus rigoureux, la médiation ouvre la parole à chacun, à la créativité et œuvre à reconstruire des relations endommagées. Et la période que nous vivons nous le rappelle. C’est ensemble que nous pouvons nous sauver du désastre.

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© Shutterstock - bbernard

Invité de RTL le 3 mai dernier, le garde de Sceaux Eric Dupond-Moretti présentait ses solutions pour améliorer le service rendu par la Justice. À la première minute de son interview, l’avocat de profession comme il le rappelle, annonce que la médiation est LA TOUTE PREMIERE MESURE prévue, pour raccourcir les délais de résolution des conflits. L’on connaît son franc-parler, sa fougue et son expérience des conflits. Une telle décision de communication, venant de cet homme, est une grande première dans le monde de la Justice. S’en suivra-t-il une communication et une mise en œuvre à échelle nationale ? Il faut l’espérer, car c’est bien une voie de règlements des différends, à taille et à responsabilité humaines. En effet, elle ne dépossède pas des enjeux du conflit, ni de la complexité de son contexte, ni de ses solutions.

Grâce à un processus rigoureux, la médiation ouvre à la parole de chacun, à la créativité et œuvre à reconstruire des relations endommagées. Serions-nous si riches, que nous pourrions nous passer des uns des autres ? Non, nous ne le sommes pas. Et la période que nous vivons nous le rappelle. C’est ensemble que nous pouvons nous sauver du désastre. Cela signifie que chaque acteur est concerné, dans l’exercice habituel de son rôle et chacun doit trouver une nouvelle façon de l’exercer : le juge, l’avocat, l’entrepreneur, l’expert-comptable, le salarié, le particulier… C’est possible ! Il nous faut juste nous autoriser à le désirer vraiment et agir.

Marie-Pierre BORDE médiateure et thérapeute © Atelier Gallien

La démocratie collective trouve son combat incessant contre la « démon-cratie » individuelle. Ce quelque chose qui se répète, trouve une bonne illustration dans la fable africaine de la grenouille et du scorpion. Un scorpion qui voulait traverser une rivière au courant très fort, s’adresse à une grenouille pour qu’elle l’aide à traverser, parce qu’il ne sait pas nager : « Il n’en est pas question ! Je te connais et tu piques, je sais que si je te laisse monter sur mon dos, tu me piqueras pour me tuer ! ». Le scorpion en riant lui dit : « Mais alors, je vais mourir noyé aussi, si je te pique ! ». La grenouille cède à cet argument particulièrement rationnel et raisonnable mais, alors qu’ils sont à la moitié du parcours, le scorpion la pique, lui injectant son venin mortel. « Mais, qu’as-tu fais, malheureux ?! s’écrie la grenouille. Maintenant tu vas mourir, toi aussi ! ». « Je n’y peux rien, dit le scorpion. C’est ma nature ! ». L’aspect « malgré soi », sans bords et sans limites est l’illustration du combat entre Eros et Thanatos, la pulsion de vie et celle de la mort. Une histoire de l’humanité que nous sommes toujours en train d’écrire.

La démocratie collective trouve son combat incessant contre la « démon-cratie » individuelle

Dans son ouvrage « Malaise dans la civilisation », Sigmund Freud écrivait en 1930 : « Finalement, la question du destin de l’humanité me semble être de savoir si, et dans quelle mesure, le développement de sa civilisation pourra enrayer les perturbations de la vie en commun dues à l’agressivité humaine – et à la pulsion d’autodestruction. Notre époque est peut-être particulièrement intéressante à cet égard. De nos jours, les hommes sont allés si loin dans la maîtrise de la nature qu’il leur est facile, avec son aide, de s’entretuer jusqu’au dernier. Ils le savent, d’où une bonne part de leur inquiétude actuelle, de leur malheur, de leur angoisse. Il reste à espérer que la deuxième « force céleste », l’Eros éternel, fasse un effort pour s’imposer dans sa lutte contre son adversaire tout aussi immortel. Mais qui peut prévoir l’issue de ce combat ? ».

Qu’est-ce qui pourrait me faire retrouver la confiance, la vraie ? C’est allé trop loin, c’est sans retour. C’est bien cela le travail du médiateur ! Et ce n’est pas rien.

Il y a quelques jours, un maître de peinture traditionnelle japonaise regardait un bouquet de fleurs des champs que j’avais composé. Les fleurs qui avaient été très belles, étaient alors en chemin de fanaison. Ma première réaction a été de lui dire : « Elles fanent ». « Oui, elles sont magnifiques. Il y a un nouveau dégradé de couleurs sur leurs feuilles, une sorte de peine dans leur tige, un épuisement dans leurs pétales. C’est très émouvant. ». Il a pris des photos de ces fleurs, pour en faire des peintures. C’est par le respect de ce qui souffre dans nos relations, de ce qui meurt aussi, que nous pouvons commencer à voir la beauté de ce qui a été et de ce qui demeure. Nos souffrances existent, nos souffrances peuvent se dire.

Dans son état des lieux de 2020, le médiateur des entreprises publie un bilan où 7 accords sont trouvés sur 10 situations conflictuelles. Ces accords sont le fruit, souvent inespéré de nouvelles relations qu’un médiateur a travaillé à faire émerger. En 1978, dans son album

« Ex-fan des sixties », Serge Gainsbourg écrivait pour Jane Birkin, la chanson de l’Aquoiboniste :

C’est un aquoiboniste

Un faiseur de plaisantristes Qui dit toujours à quoi bon A quoi bon…

Un aquoiboniste

Qui s’fout de tout et persiste A dir’ j’veux bien mais au fond A quoi bon…

Dans son état des lieux de 2020, le médiateur des entreprises publie un bilan où 7 accords sont trouvés sur 10 situations conflictuelles

À quoi bon aller discuter avec celui ou celle que je connais par cœur ? Je sais déjà tout ce qu’il va dire et tout ce dont il est capable. Il n’y a rien à en tirer. Et si ? Et si c’était possible ?! C’est bien cela l’attitude qui ouvre à la résolution de conflits, mêmes les plus durs. Dans notre Sud-Ouest, nous connaissons certainement tous le mythe de Jacquou le Croquant : une histoire de transmission et de vengeance. L’auteur Eugène Le Roy (1836-1907) nous parle du monde paysan, mais aussi de notre imaginaire de précitadin. Jacquou est le fils d’un métayer périgourdin condamné aux galères, où il mourra, parce qu’il s’est révolté contre le Comte de Nansac et a tué Laborie, cruel régisseur du domaine, après que celui-ci eut tenté de séduire sa femme et abattu sa chienne de chasse. Jacquou vivra dans la misère jusqu’à la mort de sa mère qui lui fit jurer trois fois « Vengeance contre les Nansac ! » Jacquou mène sa vengeance en brûlant le château de l’Herm, demeure des Nansac. Son procès, tenu à Périgueux, pendant en 1830, le voit acquitté. Nous conservons tous en nous une part paysanne constituée d’éléments archaïques qui nous ont été transmis et qui ont contribué à structurer notre inconscient. Il en reste toujours quelque chose aujourd’hui. Il n’est qu’à observer l’engouement actuel du retour vers les zones rurales. Le feu, agressif, érotique et destructeur. La forêt, lieu de tous les dangers et de toutes les initiations. La terre, l’attachement à la terre, un mariage avec l’homme. Le « souffre-et-meurt-en-silence », la honte étouffée, la fierté bafouée, l’humiliation, les suicides, ceux des paysans ou de qui- conque, doivent trouver un lieu d’adresse de la parole. ET SI ? Tout envisager pour un possible. Il ne tient qu’à nous.

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