Couverture du journal du 22/05/2024 Le nouveau magazine

Pays basque : la rentrée des vagues

À l’exemple de la formule Personal Surf Coach de la championne Emmanuelle Joly, de nombreuses structures d’enseignement de surf coexistent sur la Côte basque. Après la haute saison estivale, l’activité s’étend toute l’année avec une concurrence exacerbée par les zones grises des règles du marché.

Emmanuelle Joly pays basque

© Flo Grard

Multiple championne de France et d ’Europe , professionnelle sur le circuit mondial de la fin des années 90 au milieu des années 2000, Emmanuelle Joly s’est reconvertie dans l’enseignement du surf en 2008. Avec sa structure Personal Surf Coach, elle propose des cours individuels mais aussi pour de petits groupes d’amis ou de la même famille. « Je vais chercher les gens à domicile pour les emmener surfer au bon endroit au bon moment », explique-t-elle. Inspirée par les champions de ski reconvertis en guide accompagnateur, Emmanuelle Joly vise une clientèle haut de gamme. À 220 euros de l’heure par personne, elle travaille essentiellement pour des touristes en villégiature à l’Hôtel du Palais de Biarritz et dans les autres établissements chics du Pays basque.

UNE ACTIVITÉ DE COURS COLLECTIFS

Précurseur, connue comme championne, volontaire et dynamique, Emmanuelle Joly est l’une des rares à vivre de cette activité de guide de surf qu’elle réalise essentiellement en juillet et août. Sur la Côte basque, le marché de l’enseignement du surf est exploité par des écoles proposant des cours collectifs de huit élèves par moniteur le plus souvent facturé 40 euros par personne et avec des formules de plusieurs jours. Une soixantaine d’écoles ont pignon sur rue et disposent des autorisations nécessaires pour exercer sur une plage définie. La plupart emploie plusieurs moniteurs et multiplie ainsi les groupes en même temps dans les vagues. Huit élèves à 40 euros chacun soit 320 euros : le chiffre d’affaires journalier d’une école peut vite grimper avec deux moniteurs assurant deux ou trois cours collectifs dans la journée.

Emmanuelle Joly pays basque

© Louis Piquemil – La Vie Economique

DES PLAGES SOUS SURVEILLANCE

À Hendaye, la plage de sable fin de 3 km est idéale pour s’initier. L’activité des écoles de surf y est règlementée. Une dizaine d’écoles ont obtenu la précieuse adjudication délivrée par la Mairie contre quelques milliers d’euros. Gare aux écoles non autorisées qui veulent également profiter des vagues : les moniteurs déjà établis, les maîtres-nageurs sauveteurs et même les policiers municipaux veillent. Sur la Côte basque, en plus des écoles disposant d’une autorisation, peut-être une cinquantaine de structures « pirates » proposent des cours de surf. Le plus souvent moniteurs indépendants mais aussi clubs associatifs et voyagistes étrangers, ils se font discrets, profitent des plages avant l’ouverture de la surveillance, exploitent les zones de surf peu ou pas règlementées et attendent septembre pour être tranquilles.

Emmanuelle Joly pays basque

© Jean-Marc Alexia

DES APPRENTIS SURFEURS DE 6 À 60 ANS

S’il y a autant d’écoles, c’est que la demande est forte. « C’est l’activité des vacances avec des groupes d’ados, des familles entières, des jeunes adultes, des petits de 6 ans jusqu’aux retraités de 60 ans », atteste Fanny Oronos. Monitrice salariée de l’école Curren surf school à Hendaye, elle travaille de mai à octobre en enchaînant, en haute saison, deux ou trois cours collectifs de 1 h 30 et de 8 élèves.

Même si l’école a une autorisation, elle doit composer avec les autres écoles également habilitées pour partager une zone de surf commune en bonne intelligence. Rester dans l’eau au soleil et dans le vent plusieurs heures par jour demande une bonne condition physique mais offre de vrais moments de partage avec des clients heureux de s’initier au surf, témoigne la monitrice.

Inspirée par les champions de ski reconvertis en guide accompagnateur, Emmanuelle Joly vise une clientèle haut de gamme

1 000 À 1 500 MONITEURS EN FRANCE

Pour enseigner le surf en France, la formation officiellement reconnue est le « BPJEPS activités nautiques mention Surf ». Ce brevet s’obtient après 600 heures de formation et 600 heures de stage en école de surf. En plus de ce diplôme, une carte professionnelle d’éducateur sportif (valable cinq ans) est requise ainsi qu’une révision annuelle du brevet de secourisme. 1 000 à 1 500 cartes professionnelles seraient actuellement valides en France et une centaine de moniteurs sont formés chaque année.

DIPLÔME FRANÇAIS VS DIPLÔME INTERNATIONAL

Mais en 70 heures de formation et 80 heures de stage, la Fédération internationale de Surf (ISA) délivre aussi un diplôme à valider ensuite par le Service départemental de la jeunesse et des sports (SDJES). Fin mai dans les Landes, sur une cinquantaine de nouveaux diplômés ISA, seule une dizaine a réussi les tests sportifs de validation. Mais si le niveau technique de ces diplômes internationaux peut, pourquoi pas, suffire à l’initiation de vacanciers (ce que contestent sans xénophobie les titulaires du diplôme français), la méconnaissance des procédures de secours par ces moniteurs ne maîtrisant pas toujours la langue française peut légitimement inquiéter.

Sur la Côte basque, une soixantaine d’écoles de surf se partagent les vagues

PEU DE CONTRÔLES DE L’ACTIVITÉ

Avec seulement deux ou trois agents en charge du contrôle de tous les sports, le Service départemental de la jeunesse et des sports peut difficilement vérifier la validité des diplômes, des déclarations d’activités en mairie, des certificats d’assurance, des brevets de secourisme. La juxtaposition des législations françaises et européennes sur le travail et les différents arrêtés municipaux constituent une zone grise pour l’écosystème du surf. C’est surtout sur les immenses plages des Landes où les écoles de surf européennes se développent que cette concurrence jugée déloyale irrite les locaux.

Emmanuelle Joly pays basque

© V.Biard

DU SURF TOUTE L’ANNÉE

L’activité d’enseignement du surf est maintenant exercée en toute saison, les week-ends, les mercredis et durant chaque période de vacances scolaires. « La saisonnalité a changé avec des structures ouvertes à l ’année et on peut  affronter l’eau froide plus facilement avec des combinaisons et des chaussons », explique Kostia Boudine, cadre de la Fédération française de surf. « Le surf est à la mode et en plus il est considéré comme un sport extrême conférant de l’estime de soi », ajoute Emmanuelle Joly. Et avec 200 euros la planche de débutant et 150 euros la combinaison néoprène d’hiver, la pratique du surf s’est démocratisée.

L’enseignement du surf est maintenant exercé en toute saison

SATURATION ET COHABITATION

De quelques milliers à la fin des années 70, les pratiquants de surf seraient aujourd’hui 500 000 selon les projections de la Fédération française de Surf. « Il y aura peut- être 5 % des gens qui essayent l’été qui continueront ensuite tout au long de l’année », estime Fanny Oronos. En 2015, dix écoles de surf étaient autorisées à Biarritz, en 2023, elles étaient le double.

En plein été sur certaines plages,  fréquentation des vagues par les locaux, les vacanciers et les élèves des écoles atteint parfois la saturation. De l’automne au printemps, l’enseignement du surf s’exerce dans une période à la réglementation floue peu comprise par les moniteurs et sans contrôles d’activités par les autorités. Cependant l’activité des écoles est réduite et la cohabitation se régule sans trop de frictions entre pratiquants. Pourvu que cela dure espèrent bon nombre de moniteurs.

UNE RÉGLEMENTATION CONTESTÉE

Par un arrêté du 15 mars 2022, le maire de Capbreton avait réglementé l’activité des écoles de surf de sa commune en juillet et août en attribuant 24 autorisations d’enseignement du surf. Ainsi habilitée à exercer son activité sur une seule plage, l’entreprise Atlantic Surf Camp a demandé au juge des référés de suspendre les décisions du maire afin de travailler sur d’autres plages. Par une ordonnance du 12 juillet 2023, le tribunal administratif de Pau a suspendu les décisions du maire « jusqu’à ce qu’il soit statué au fond sur leur légalité ». Atlantic Surf Camp a donc pu exercer sur toutes les plages de la commune. Même si ce n’est pas le premier conflit juridique sur ce thème, le secteur de l’enseignement du surf attend de voir quelle jurisprudence cette affaire entraînera.