La Nouvelle-Aquitaine figure parmi les régions françaises les plus ouvertes sur l’international. Entre exportations viticoles, tourisme, industrie aéronautique et écosystème numérique en plein développement, les entreprises du territoire évoluent dans un environnement économique de plus en plus connecté au reste du monde. Selon les données du réseau des CCI de Nouvelle-Aquitaine, les exportations régionales représentent plus de 25,6 milliards d’euros, portées par des filières comme le vin et les spiritueux, l’agroalimentaire ou encore l’aéronautique. La région assure à elle seule environ 4,4 % des exportations françaises.
Ce dynamisme repose sur près de 9 553 entreprises exportatrices, dont 94 % sont des PME ou des TPE. Ce sont donc majoritairement des structures à taille humaine, sans direction internationale dédiée, sans équipe de traducteurs, sans budget de représentation à l’étranger, qui portent l’ouverture économique de la région. Et c’est précisément là que la question linguistique prend toute sa dimension.
Un niveau d’anglais qui interroge
Selon l’édition 2025 de l’EF English Proficiency Index, la Nouvelle-Aquitaine affiche un score de 515 points, contre 539 pour la moyenne nationale. À l’échelle du pays, la France se classe 38e au niveau mondial en matière de maîtrise de l’anglais, derrière plusieurs pays européens comparables. Ces chiffres ne reflètent pas une incompétence généralisée. Ils pointent quelque chose de plus précis : une difficulté persistante à l’oral, dans des situations de communication réelle, sous pression, en temps réel. C’est précisément ce type de situations que rencontrent les professionnels en contexte international. Pas des exercices de grammaire, mais des négociations, des visioconférences, des salons professionnels, des échanges avec des acheteurs, des partenaires ou des prestataires étrangers. Des moments où l’hésitation se paie.
Selon une étude Wall Street English, 30 % des Français utilisent l’anglais au moins une fois par mois dans leur activité professionnelle. Ce chiffre dit quelque chose d’important : l’anglais n’est plus réservé aux grandes entreprises ou aux cadres dirigeants. Il s’invite dans des fonctions commerciales, techniques, logistiques, administratives. Et dans bien des cas, sans que personne n’ait formellement préparé les collaborateurs à cet usage.
Un frein discret et des effets bien réels
Dans les entreprises, la barrière linguistique agit rarement comme un blocage frontal. Elle opère autrement : un commercial qui écourte un échange avec un client étranger faute d’aisance. Un dirigeant qui préfère déléguer les rendez-vous internationaux plutôt que de les assumer. Un collaborateur qui n’intervient pas en visioconférence, alors même qu’il maîtrise parfaitement son sujet technique.
Perte de crédibilité
Aucun de ces cas ne remet en cause immédiatement l’activité. Mais ils traduisent une perte de spontanéité, d’impact et parfois de crédibilité dans des moments clés. À plus long terme, ces ajustements deviennent des réflexes, puis des choix stratégiques implicites : renoncer à certains marchés, concentrer la prospection sur des zones perçues comme plus accessibles, limiter la participation à des appels d’offres internationaux. Des décisions rarement formulées comme telles, mais qui influencent pourtant la trajectoire de développement des entreprises.
Une étude Ipsos publiée en 2022 illustre l’ampleur du phénomène à l’échelle individuelle : 32 % des actifs français ont déjà renoncé à postuler à un emploi faute d’un niveau d’anglais suffisant, et 35 % se sont vu refuser une opportunité professionnelle pour cette même raison. Ces chiffres concernent des personnes. Mais à l’échelle d’un territoire, ils signifient aussi des compétences mal allouées, des postes difficiles à pourvoir, des projets de développement ralentis.
L’autocensure, principal obstacle
La difficulté ne réside pas uniquement dans le niveau de langue. Elle tient aussi au rapport à l’oral et à la culture de l’apprentissage. En France, l’anglais reste souvent associé au cadre scolaire, où la maîtrise théorique et la correction sont valorisées, où l’erreur est fréquemment perçue comme un échec. À l’inverse, dans la plupart des environnements professionnels internationaux, l’objectif est avant tout d’être compris. La fluidité prime sur la perfection. Communiquer imparfaitement mais efficacement vaut mieux que se taire.
Communiquer imparfaitement mais efficacement vaut mieux que se taire
Manque de confiance
Ce décalage crée une forme d’autocensure. Des professionnels compétents renoncent à prendre la parole, hésitent à intervenir, restent en retrait. Non pas par manque de connaissances, mais par manque de confiance dans leur capacité à s’exprimer. C’est ce blocage-là, plus psychologique que linguistique, qui constitue aujourd’hui le principal obstacle.
Il s’inscrit dans une histoire plus longue. La France s’est longtemps construite comme un pays de production, où certains secteurs, notamment le vin à Bordeaux se vendaient presque d’eux-mêmes, portés par leur réputation mondiale. La nécessité de négocier, de convaincre, de créer du lien en anglais ne s’imposait pas avec la même évidence qu’ailleurs. D’autres nations européennes, davantage positionnées comme des économies d’échange, ont développé plus tôt ce rapport pragmatique aux langues étrangères. Cet écart se retrouve encore aujourd’hui.
Le CPF : un levier essentiel, désormais fragilisé
Face à ce constat, le compte personnel de formation (CPF) avait constitué un levier décisif. Les formations linguistiques figurent depuis plusieurs années parmi les usages les plus fréquents du CPF, aux côtés du permis de conduire et des formations certifiantes. Depuis la création du dispositif, des centaines de milliers de personnes ont pu accéder à une formation en langue grâce à leurs droits, souvent dans une logique d’employabilité, de mobilité ou de reconversion. Les publics concernés ne bénéficient pas systématiquement d’un financement par leur employeur. Ce sont souvent des individus qui prennent l’initiative seuls, sans plan de formation d’entreprise pour les soutenir.
Un cadre plus complexe
Les évolutions récentes du dispositif plafonnement des droits mobilisables : reste à charge renforcé, conditions d’accès plus exigeantes et introduisent un cadre plus contraint. Même si toutes les modalités ne sont pas encore pleinement connues, le signal est clair : accéder à une formation linguistique via le CPF devient plus complexe. Sur le terrain, cela se traduit déjà par davantage d’hésitations, des projets différés, des personnes qui renoncent non par manque de motivation mais par contrainte financière ou manque de lisibilité.
Personne ne conteste la nécessité de réguler un dispositif qui a, à certains égards, été détourné. Mais une régulation efficace ne devrait pas pénaliser des usages largement reconnus comme légitimes. Les formations linguistiques en font partie.
Former autrement
La question n’est donc pas seulement de former davantage. C’est de former autrement, et d’agir avant que les conditions d’accès ne se referment davantage. Une langue ne s’apprend pas uniquement par l’accumulation de connaissances grammaticales. Elle s’acquiert par la pratique, dans des situations concrètes, régulières et engageantes. Développer l’aisance à l’oral suppose de recréer un environnement favorable : des groupes de niveau homogène, une pédagogie centrée sur l’usage réel plutôt que sur la correction formelle, une fréquence suffisante pour ancrer les automatismes. C’est l’approche que nous mettons en œuvre dans les centres My English School : replacer l’oralité et la confiance au cœur de l’apprentissage, pour que la langue devienne un outil opérationnel et non une source d’appréhension.
Pour les entreprises, investir dans la compétence linguistique de leurs collaborateurs, c’est aussi investir dans leur capacité à créer du lien, à convaincre, à réagir rapidement dans des situations internationales. Dans un environnement concurrentiel, ces capacités font la différence.
La compétence linguistique est devenue une condition d’accès à certains marchés
Un enjeu collectif pour la région
À l’échelle du territoire, la question dépasse les trajectoires individuelles. Dans une région comme la Nouvelle-Aquitaine, fortement engagée dans les échanges internationaux, la maîtrise des langues conditionne aussi l’attractivité économique : attirer des talents, nouer des partenariats, accéder à de nouveaux marchés.
Les PME et TPE qui constituent l’essentiel du tissu exportateur régional n’ont pas toujours les moyens de former en interne, ni les ressources pour s’appuyer sur des intermédiaires. Pour elles, le CPF représentait une solution accessible, à l’initiative des salariés eux-mêmes. Fragiliser cet accès, c’est fragiliser indirectement leur capacité à évoluer à l’international. Ignorer cet enjeu ne produit pas d’effet immédiat visible. Mais à mesure que les échanges s’intensifient, les écarts entre territoires et entre entreprises se creusent. La compétence linguistique n’est plus une option. Elle est devenue une condition d’accès à certains marchés, à certains partenariats, à certaines opportunités. La question n’est donc plus seulement individuelle. Elle est collective. Et dans un territoire comme la Nouvelle-Aquitaine, elle pourrait bien conditionner, à terme, une partie de sa compétitivité.