Couverture du journal du 28/02/2024 Le magazine de la semaine

Eco-Tech Ceram, à l’assaut de la chaleur industrielle

Décarboner l’industrie est un vaste chantier auquel s’attèle la société Eco-Tech Ceram basée à Balma. L’entreprise développe un mécanisme pour stocker la chaleur rejetée par les usines. Cette solution vient d’être installée chez Villeroy & Boch à Valence d’Agen (Tarn-et-Garonne), une première mondiale.

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L'usine Villeroy et Boch de Valence d'Agen © ETC – Pauline Maroussia

« S’il y a un message à retenir de votre article c’est ça : si un industriel a envie de décarboner son usine, il peut le faire sans débourser 1 euro. Il nous appelle et en moins d’un an, il réalise des économies. » La promesse d’Antoine Meffre n’a rien de celle d’un bonimenteur. Dans sa voix résonne avant tout l’urgence. Celle de réduire les émissions de gaz à effet de serre de l’industrie – qui représente 20% du total français – afin d’éviter une catastrophe écologique.

Le chef d’entreprise n’est d’ailleurs pas un capitaine d’industrie né, mais un scientifique. « Je n’ai pas vraiment réfléchi à la création d’Eco-Tech Ceram (ETC). Je venais de soutenir ma thèse sur le stockage thermique haute température et je me suis lancé » se souvient Antoine Meffre. L’aventure n’est pas de tout repos pour le néophyte. « C’est étonnant de devoir passer un permis pour conduire mais pas pour diriger une entreprise ! On a failli mettre la clé sous la porte cinq fois ! Aujourd’hui, on approche tout juste de la rentabilité. »

Valoriser les chaleurs fatales

Les solutions proposées par ETC sont multiples mais ont un point commun : elles partent de la récupération de la chaleur perdue par les usines. « On se branche au four du client pour récupérer la chaleur fatale. Ensuite, soit on amène cette chaleur là où on en a besoin, soit on la stocke » schématise le patron. Chez Villeroy & Boch, la solution a été inaugurée le mois dernier à Valence d’Agen (Tarn-et-Garonne). Elle permet de transférer les calories contenues dans les fumées du four de cuisson pour alimenter le séchoir des céramiques. Un cercle vertueux qui permet de limiter la consommation d’énergie.

Antoine Meffre, fondateur et PDG d'Eco-Tech Ceram

Antoine Meffre, fondateur et PDG d’Eco-Tech Ceram © ETC – Pauline Maroussia

« Power to Heat »

L’autre innovation d’Eco-Tech Ceram s’appelle le « Power to Heat ». Elle permet de convertir l’électricité en chaleur. « On utilise de l’électricité produite par des énergies renouvelables. On l’achète lorsqu’elle est moins chère, en heure creuse, et on va la stocker. Ensuite, on transforme cette électricité en chaleur et on l’utilise dans les brûleurs du client. » Ainsi la production augmente et les coûts sont réduits.

On aide le gouvernement à établir sa feuille de route pour la décarbonation de l’industrie

Dans l’exemple de Villeroy & Boch, l’économie est de 1 300 tonnes de CO2 par an, soit l’équivalent de la consommation de 130 français. Une solution qui coûte 2,6 millions d’euros mais pour laquelle le céramiste n’a pas déboursé 1 euro. La Région Occitanie (400 000 €), l’ADEME (815 000€) et l’Union européenne (1,4 million d’euros) ont soutenu le projet. « Les financeurs se remboursent sur les économies d’énergie réalisées » détaille Antoine Meffre.

Des clients partout en Europe

Une solution qui ne coûte quasiment rien et qui promet des économies attire nécessairement lorsque les prix de l’énergie montent. « On a eu plein de demandes l’an passé mais il ne faut pas attendre que les prix flambent pour mettre en place ces solutions. Il faut anticiper car ne soyons pas candides : les prix vont augmenter ! C’est juste une question de temps. »

On recrutera autant de personnes qu’il sera nécessaire

Avant de mettre en place ses solutions de stockage et de valorisation, Antoine Meffre donne un conseil aux industriels. « Commencez par la sobriété. J’éteins mon four quand je n’en ai pas besoin. Ensuite, on regarde l’efficacité énergétique : est-ce que mes brûleurs sont bien réglés ? Si tout ça est OK, alors on réalise un audit et en moins d’un an, on peut installer notre solution sans toucher au fonctionnement de l’outil industriel. » Des clients partout en Europe sont intéressés (Pologne, Allemagne, Italie …) tout comme en Occitanie où le groupe Satys envisage de faire appel à la solution d’ETC.

Structuration de la filière

Avec un CA de 5 millions d’euros en fin d’année, ETC s’apprête à gonfler ses effectifs (33 collaborateurs aujourd’hui) : « On recrutera autant de personnes qu’il sera nécessaire. Les compétences requises sont larges en matériaux, thermique, automatisme, thermomécanique … On veut aussi étoffer notre réseau sur la partie chantier car on ne peut pas tout faire nous-mêmes. »

Les chantiers sont en effet amenés à se multiplier si l’industrie veut se conformer aux accords de Paris et réduire de 80% les émissions de CO2 d’ici 2050. Pour ce faire, Antoine Meffre travaille à la structuration de la filière avec l’Etat via le comité stratégique de filière nouveau système énergétique (CSF NSE). « On aide le gouvernement à établir sa feuille de route pour la décarbonation de l’industrie. On aimerait rendre obligatoire des systèmes de mesure pour améliorer la performance énergétique des usines. Il faudrait aussi un guichet unique pour les aides car c’est encore trop flou. » Un lobbying compliqué mais nécessaire. « Devant nous, on a une baignoire qui fuit de partout. Chacun doit s’y mettre pour tenter de boucher les trous et sauver la baignoire car on n’en a qu’une seule ! »