Du matin au soir, elles sillonnent les routes de campagne. Elles poussent les portes de fermes isolées ou de pavillons modestes, s’invitent dans l’intimité de leurs bénéficiaires. Au-delà du soin, elles offrent un moment de partage, de discussion, de rire. Bien souvent le seul de la journée. C’est la profonde humanité du métier d’aide à domicile qu’a voulu montrer le photographe Vincent Gouriou dans sa série « Les Ombres claires », avec laquelle il vient de remporter le prestigieux prix Roger Pic 2026.
Demeurant à Brest, il a été approché par l’Agence Culturelle Dordogne-Périgord pour réaliser ce projet. Entre l’automne 2024 et l’été 2025, il a arpenté les territoires de Ribérac et Tocane-Saint-Apre dans les pas d’aides à domicile, en lien avec le Centre intercommunal d’action sociale du Val de Dronne (CIAS). Tout en délicatesse, il a immortalisé les scènes du quotidien et la relation de confiance tissée entre ces femmes et les anciens. « Je voulais éviter les photos convenues et aller au plus près, montrer le lever, la toilette, l’aide aux repas… », explique Vincent Gouriou. Mais aussi leur environnement, ces maisons figées où une vie entière s’est déroulée.
Valoriser le métier, réhumaniser les personnes âgées
Le photographe à la fibre humaniste a été marqué par la réalité de la profession, souvent perçue comme difficile : « C’est un métier qui demande beaucoup de ressources, d’énergie et de qualités humaines. L’humour aide aussi à dépasser beaucoup de choses. Les femmes que j’ai suivies étaient très investies. » Il cite l’exemple de Pascale, qui intervient depuis dix-huit ans auprès de la même dame et représente son seul lien avec le monde extérieur. « Mes photos permettent de visibiliser leur métier et de le valoriser, aussi auprès de leur entourage », se réjouit Vincent Gouriou. Il n’imaginait pas remporter ce prix face à de grands noms de la photographie ou des sujets en apparence plus graves. « J’ai été un peu surpris mais je suis très heureux. C’est un prix important pour moi, d’autant plus avec cette série que je me suis appropriée d’une façon personnelle. »
En Périgord aussi, cette récompense est une victoire, notamment pour Barbara Delplanque, la responsable du CIAS du Val de Dronne. « C’est l’humanité qui a gagné. Vincent est quelqu’un qui se met à la portée des autres et cela se traduit dans ses photos. Il a su montrer l’invisible, réhumaniser nos bénéficiaires et valoriser ce métier. Seule la photographie pouvait montrer ce que les aides à domicile donnent humainement. C’est un moyen de leur dire merci. »
La série « Les Ombres claires » a déjà été exposée à Périgueux et Ribérac. Elle sera mise en avant au Festival Visa pour l’image, le 2 septembre et devrait continuer à tourner. Un beau coup de projecteur, alors que le recrutement d’aides à domicile est un cheval de bataille du Conseil départemental, sur un territoire où les seniors représentent 38 % de la population.

Patricia, auxiliaire de vie, arrive à 8 h chez Claudine pour l’aider à se lever, à faire sa toilette et à prendre son petit-déjeuner, à Comberanche-et-Épeluche. © Vincent Gouriou