Vins en Dordogne : « les rendements ne seront pas pléthoriques »

Les conditions météorologiques de 2026 sont exceptionnelles : inondations et pics de crus en février puis vagues de chaleur successives depuis juin. Un contexte qui n’épargne personne, dont les viticulteurs, qui doivent s’adapter, comme l’explique Laurent Colombier, responsable commercial chez Vitivista en Dordogne. 

Vins en Dordogne, Laurent Colombie

©Loïc Mazalrey - La Vie Economique

La Vie Économique : Avec les chaleurs actuelles, comment se portent les vignes ?

Laurent Colombier : Depuis juin, les sols sont asséchés de manière spectaculaire. C’est du jamais vu. À cela s’ajoutent les températures extrêmes et les nuits chaudes. Or, la vigne, comme tout végétal, transpire, et avec ces conditions, elle transpire énormément. Ce qui est négatif. Faute de pluie, elle n’a pas de compensation derrière. Cela impacte particulièrement les jeunes et les vieilles vignes, pour lesquelles le risque de mortalité pourra donc être accru. L’hiver pluvieux, en revanche a permis aux vignes les plus vigoureuses (environ 30 ans) d’avoir des réserves en eau dans leur système racinaire.

LVE : En mai, vous souligniez que la vigne était très précoce, avec un débourrement historiquement tôt, qu’en est-il aujourd’hui ?

L.C. : L’avance pour les rouges a fondu, car le raisin a besoin à la fois d’une maturité technologique, et phénologique. Cette année, la véraison (le changement de couleur et gonflement du grain) est plus longue, et plus timide, les premiers changements de couleur ont eu lieu entre le 28 juin et le 2 juillet, c’était du jamais vu. Actuellement nous sommes au milieu du processus. Pour les blancs, où il faut plus de fraîcheur et d’acidité, les blancs secs et effervescents seront en avance, on peut imaginer un scénario comme 2025 avec des vendanges dès la mi-août. Cela va beaucoup dépendre des conditions des trois prochaines semaines.

LVE : Face à ce contexte, comment se portent les viticulteurs ?

L.C. : Ces températures, où l’on a dépassé les 40 degrés à l’ombre, ont bousculé l’organisation des entreprises. Malgré les adaptations, il y a une vraie accumulation de fatigue. Et l’on sait déjà que les rendements ne seront pas pléthoriques, car il n’y a pas beaucoup de jus dans les baies. Il faut de l’eau rapidement. Nous allons continuer de voir les conséquences de ces conditions extrêmes au fur et à mesure. Nous sommes encore incapables de les mesurer.

LVE : Faut-il donc imaginer de nouvelles manières de traiter la vigne à l’avenir ?

L.C. : Évidemment. Il y a des pistes autour de l’irrigation, qui n’est autorisée aujourd’hui qu’en IGP et non en AOP. Nous travaillons aussi sur le matériel végétal, le choix des porte-greffes notamment, qui auraient des systèmes racinaires différents, mais aussi sur la sélection des cépages et des clones mieux résistants. Il y a également des réflexions autour de l’utilisation de nouvelles variétés, qui n’étaient pas présentes sur nos latitudes avant, comme celle de Corse, du Portugal ou de l’Espagne. Se pose la question aussi du travail du sol, pour mieux le structurer, afin de restaurer sa fertilité. Ce sont des sujets sur lesquels travaille Vitivista. Parmi les solutions, cette année, la pratique du blanchissement de la vigne, afin de la protéger des brûlures et des rayons du soleil, s’est généralisée. Nous n’en avons jamais autant vendu que cette année.

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